63e Salon de Montrouge

Une statue immaculée se détache sur un ciel bleu azur, sans nuages. Le Siffleur, aède de la Grèce antique, s’apprête à entamer un conte. Son annonce, théâtralisée par la contre-plongée, est fixée dans la pierre pour toujours. Des ailes de sphinx situé juste derrière lui semblent lui appartenir. C’est typiquement avec ce genre d’images que l’artiste pose la question, récurrente dans sa pratique, “Qu’est-ce qu’une photographie produit comme sculpture et qu’est-ce qu’une sculpture produit comme image ?” Poursuivant la réflexion de W. J. T. Mitchell et la notion de “Pictons”, l’artiste questionne l’interdépendance de l’image et de l’objet.

Une chemise vaporeuse laissée sur une structure en bois et la photographie d’une baignoire en mosaïque scintillante. Ces éléments aident et questionnent le spectateur qui doit construire un récit autour de l’œuvre d’après sa propre imagination. Selon chacun, Aphrodite est ainsi déesse antique de la beauté et de l’amour ou bien simplement une femme discrète dont nulle trace ne renseigne. Ayant laissé son vêtement diaphane, elle se dérobe à nos yeux tandis que l’eau miroite calmement dans la baignoire précieuse. Conçue comme un réceptacle pour les larmes, la petite vasque étincelante évoque aussi l’huitre nacrée de la naissance d’Aphrodite.

Un œil sombre perdu dans le lointain fait abstraction de notre regard. Il reste des traces de dorures sur cette sculpture de marbre, abîmée par le temps. C’est peut-être une représentation d’Apollon qui détruit par la perte de Daphnée, laisse couler une larme sur son beau visage. Il est à distinguer d’Aphrodite, exposée non loin d’ici, dont les pleurs sont invisibles. Dieu vaincu, il est condamné, comme son amour malheureux, à se transformer en laurier. Les feuilles stylisées de l’arbre s’élèvent sur le mur à côté de lui, se confondent à sa chevelure bouclée. Le dieu a peut-être aussi été châtié pour avoir été trop orgueilleux, comme le singe dans l’iconographie chrétienne.